Sylvie Mombo : « Depuis toujours je cherchais à raconter des histoires »

Faire voyager. A travers son métier de conteuse, voilà l’expérience que Sylvie Mombo veut donner à son public. Elle vient tout juste de publier son tout premier livre : « Le voyage de M’Toto Lunettes » et parle de son travail peu commun.

Vous avez récemment sorti un livre, d’autres pourraient paraître?

J’ai sorti un livre CD destiné au jeune public au mois de septembre dernier. Il s’appelle « Le Voyage de M’Toto Lunettes ». C’est ma toute première publication. Il s’agit, à l’origine, d’un spectacle jeune public que je conte aux côtés du musicien Patrick Pellé. Le spectacle s’appelait « Comptine au creux de l’Oreille ou le Voyage de M’Toto ». Au printemps 2010, Sylvain Dupuis directeur du collectif d’artistes Tchekchouka, (auquel j’appartiens), a réalisé l’album. Il s’adresse aux jeunes lecteurs mais aussi aux plus petits car ils peuvent suivre l’histoire avec le disque. L’histoire raconte les pérégrinations d’une mamie congolaise qui va vendre sa cueillette au marché. C’est une ballade poétique au cœur de l’Afrique équatoriale.

Qu’est ce qui vous a conduit à raconter ?

J’ai toujours été fascinée par la langue. Je trouve merveilleux d’avoir le pouvoir de créer un monde rien que par la force du verbe… Il y a là quelque chose de démiurgique ! Je suis une bien heureuse ! Je dispose d’un ballot d’histoires que je partage avec tout ceux qui veulent bien m’écouter. Une fois dites, les histoires ne sont plus miennes. Elles s’invitent chez chacun pour toucher chaque esprit et chaque coeur de manière singulière. Que ce soit un enfant, un homme ou une femme, chacun trouvera, dans une même histoire, sa propre interprétation, sa propre résonance… Les contes sont généreux ! Ils circulent, appartiennent à tous et à chacun. Ils ont la capacité de faire rire et pleurer, de faire voyager, de faire réfléchir et agir… C’est pour toutes ces raisons que je me suis laissée happer par l’univers du conte !

Quelles sont les origines des contes dont vous vous inspirez ?

J’ai un répertoire de contes traditionnels qui viennent des quatre coins du monde (ou presque !)…Toutefois, les contes d’Afrique me touchent tout particulièrement. Comme tout un chacun, je suis marquée par mes origines ! Bien que je sois née en banlieue parisienne, une grande partie de mes valeurs me viennent de l’Afrique. Mon père est gabonais, ma mère Guadeloupéenne. Tout au long de mon enfance, j’ai croisé des tantes, des oncles, des cousines venus du Gabon. Leur façon de faire danser la langue française, de nous faire la morale à coup de proverbes bien choisis… me réjouissait !

Vous travaillez justement avec des musiciens. Qu’est-ce que la musique ajoute à vos contes? Vous dansez sur scène ?

De mon point de vue, la musique et la danse sont des paroles à part entière. Des paroles tout aussi éloquentes que le verbe. Dans mes spectacles, il arrive souvent que la musique et la danse se substituent aux mots. Depuis toute petite, j’ai toujours dansé : Classique, modern’jazz, contemporain… Adolescente, j’ai rencontré les danses africaines. Je me suis formée auprès de danseurs reconnus comme l’Ivoirien Georges Momboye, la Burkinabé Irène Tassembedo, la Guyanaise Norma Claire… J’ai été danseuse professionnelle durant quatre années.Comme le hasard fait bien les choses, je me suis cassée la cheville en 2001, lors d’un spectacle en rue ! J’étais déboussolée car mon corps était devenu depuis ces quelques années mon outil de travail, mais aussi mon mode d’expression. Mon immobilisation forcée a été très dure psychiquement. Et puis, un soir, cheville dans le plâtre, je suis allée écouter par hasard, une conteuse camerounaise : Catherine Ahonkoba. En la quittant, j’étais convaincue de ce que je voulais devenir ! J’ai entendu dire que l’on devient ce que l’on est déjà… Pour moi, cet aphorisme est tout à fait juste. Depuis toujours, je cherchais à raconter des histoires ! La danse était un des chemins possibles pour raconter ! Aujourd’hui, je puise encore dans les richesses de la danse, et du geste en général…

Votre métier est assez unique. Vous êtes la seule en France à faire cela ou il y en a d’autres?
Mon métier n’a rien d’unique… Au contraire ! Depuis les années 70/ 80, en France, il y a ce que l’on appelle le Renouveau du conte. Les chefs de file sont des conteurs et auteurs très connus tels que Henri Gougaud ou encore Yannik Jaulin… Et il y en a bien d’autres !

Quels sont vos projets? Irez-vous à l’étranger pour conter vos histoires?

Je rentre en résidence d’artiste au Théâtre des 3 Vallées, à Palaiseau dans le cadre d’une nouvelle création pour adultes. Il s’agit d’un récit métaphorique sur le thème de l’esclavage. La première aura lieu à l’automne 2012 dans ce même théâtre… et je l’espère, dans de nombreuses autres salles ! Pourquoi pas en Afrique, et en particulier au Gabon, mon pays d’origine… A bon entendeur !

Le Voyage de M’Toto aux éditions L’Harmattan

Site : Sylvie Mombo.com

contact@sylviemombo.com

Cet article a été publié le vendredi 21 octobre 2011 à 17 h 30 min et est classé dans Culture. Vous pouvez en suivre les commentaires par le biais du flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre site.




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